CHEZ CAPPUCCINE : des mots pour grandir

Le bonheur est plus léger qu'une plume. Personne ne sait le prendre. (Tchouang-tseu)

23 novembre 2008

L’espèce humaine m’a donné

Le droit d’être mortel

Le devoir d’être civilisé

La conscience humaine

Deux yeux qui d’ailleurs ne fonctionnent pas très bien

Le nez au milieu du visage

Deux pieds deux mains

Le langage

L’espèce humaine m’a donné

Mon père et ma mère

Peut être des frères on ne sait

Des cousins à pelletées

Et des arrière-grands-pères

L’espèce humaine m’a donné

Ses trois facultés

Le sentiment l’intelligence et la volonté

Chaque chose de façon modérée

L’espèce humaine m’a donné

Trente-deux dents un cœur un foie

D’autres viscères et dix doigts

L’espèce humaine m’a donné

De quoi se dire satisfait.

Raymond Queneau

Dans « Raymond Queneau un poète »

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05 mars 2008

Partir

Partir !
Aller n'importe où, vers le ciel ou vers la mer,
vers la montagne ou vers la plaine !
Partir !
Aller n'importe où, vers le travail, vers la beauté ou vers l'amour !
Mais que ce soit avec une âme pleine de rêves et de lumières,
avec une âme pleine de bonté, de force et de pardon !

S'habiller de courage et d'espoir,
et partir,
malgré les matins glacés, les midis de feu, les soirs sans étoiles.
Raccomoder, s'il le faut, nos coeurs
comme des voiles trouées, arrachées au mât des bateaux.
Mais partir !
Aller n'importe où
et malgré tout !

Mais accomplir une oeuvre !
Et que l'oeuvre choisie soit belle,
et qu'on y mette tout son coeur,
et qu'on lui donne toute sa vie.

Cécile Chabot
(poésie manège d'étoiles)

partir

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29 janvier 2008

Le cygne

Sans bruit, sous le miroir des lacs profonds et calmes,
Le cygne chasse l'onde avec ses larges palmes,
Et glisse. Le duvet de ses flancs est pareil
A des neiges d'avril qui croulent au soleil ;

Mais ferme et d'un blanc mat, vibrant sous le zéphyr,
Sa grande aile l'entraîne ainsi qu'un lent navire.
Il dresse son beau col au-dessus des roseaux,
Le plonge, le promène allongé sur les eaux.
Le courbe, gracieux comme un profil d'acanthe,
Il cache son bec noir dans sa gorge éclatante.

Tantôt le long des pins, séjour d'ombre et de paix,
Il serpente et laissant les herbages épais
Traîner derrière lui comme une chevelure,
Il va d'une tardive et languissante allure.

Tantôt il pousse au large et loin du bois obscur,
Superbe, gouvernant du côté de l'azur,
Il choisit pour fêter sa blancheur qu'il admire,
La place éblouissante où le soleil se mire.

Puis quand les bords de l'eau ne se distinguent plus,
A l'heure où toute forme est un spectre confus,
L'oiseau dans le lac sombre où sous lui se reflète
La splendeur d'une nuit lactée et violette,
Comme un vase d'argent parmi les diamants,
Dort, la tête sous l'aile, entre deux firmaments.

Sully Prudhomme 1839-1907
(Les solitudes)

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12 janvier 2008

La neige..

La neige est un poème.
Un poème qui tombe des nuages, en flocons blancs et légers.
Ce poème vient de la bouche du ciel, de la main de Dieu.
Il porte un nom. Un nom d'une blancheur éclatante.
Neige.

Maxence Fermine

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12 octobre 2007

Supplique de l'arbre

Homme!

Je suis la chaleur de ton foyer par les froides nuits d'hiver,
L'ombrage ami lorsque brûle le soleil d'été.
Je suis la charpente de ta maison, la planche de ta table.
Je suis le lit dans lequel tu dors et le bois dont tu fis tes navires.
Je suis le manche de ta houe et la porte de ton enclos.
Je suis le bois de ton berceau et aussi de ton cercueil.

Ecoute ma prière veux-tu ?

Laisse-moi vivre pour tempérer les climats et favoriser l'éclosion des fleurs.
Laisse-moi vivre pour arrêter les typhons et empêcher les vents de sable.
Laisse-moi vivre pour calmer les vents, pousser les nuages
et apporter la pluie qui véhicule la vie du monde.
Laisse-moi vivre pour empêcher les catastrophiques inondations qui tuent.
Je suis la source des ruisseaux. Je suis la vraie richesse de l'état.
Je contribue à la prospérité du plus petit village.
J'embellis ton pays par la verdure de mon manteau.

Homme, écoute ma prière
Ne me détruis pas!

Poème d'un sage indochinois

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02 octobre 2007

On n'est pas n'importe qui

Quand tu rencontreras un arbre dans la rue,
dis-lui bonjour sans attendre qu’il te salue.

C’est distrait, les arbres.
Si c’est un vieux, dis-lui « Monsieur ».
De toutes façon, appelle-le par son nom :
Chêne, Bouleau, Sapin, Tilleul…
Il y sera sensible.
Au besoin, aide-le à traverser.
Les arbres, çà n’est pas encore habitué à toutes ces autos.
Même chose avec les fleurs, les oiseaux, les poissons :
Appelle-les par leur nom de famille.
On n’est pas n’importe qui !
Si tu veux être tout à fait gentil,
dis « Madame la Rose" à l’églantine ;
On oublie un peu trop qu’elle y a droit.

Jean Rousselot
petits poèmes pour cœurs pas cuits

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27 août 2007

Une goutte d'eau

Une goutte d’eau

La pluie

Une averse

La brume

Le brouillard

Une ondée

L’orage

La tempête

La tornade

Un sanglot

Une larme

Allons allons

L’eau est tirée

Il faut la boire

Philippe soupault

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29 mars 2007

Une fleur sauvage

"Voir le Monde dans un Grain de Sable
et le Ciel dans une Fleur Sauvage,
Tenir l'Infini dans la Paume de sa Main
et l'Eternité dans une heure."

William Blake

FL

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07 mars 2007

Premièrement

Je te l'ai dit pour les nuages
Je te l'ai dit pour l'arbre de la mer
Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles
Pour les cailloux du bruit
Pour les mains familières
Pour l'oeil qui devient visage ou paysage
Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur
Pour toute la nuit bue
Pour la grille des routes
Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert
Je te l'ai dit pour tes pensées pour tes paroles
Toute caresse toute confiance se survivent.

Paul Eluard

pl

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08 septembre 2006

Ils cassent le monde...

Ils cassent le monde
En petits morceaux
Ils cassent le monde
A coups de marteau
Mais çà m'est égal
Cà m'est bien égal
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez
Il suffit que j'aime
Une plume bleue
J'aurais toujours un peu d'air
Un petit filet de vie
Dans l'oeil un peu de lumière
Et le vent dans les orties
Et même, et même
S'ils me mettent en prison
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez
Il suffit que j'aime
Cette pierre corrodée
Ces crochets de fer
Où s'attarde un peu de sang
Je l'aime, je l'aime
La planche usée de mon lit
La paillasse et le châlit
La poussière de soleil
J'aime le judas qui s'ouvre
Les hommes qui sont entrés
Qui s'avancent, qui m'emmènent
Un grain de sable
Un oiseau peureux
Il suffit que j'aime
Un brin d'herbe mince
Une goutte de rosée
Un grillon de bois
Ils peuvent casser le monde
En petits morceaux
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez
Retrouver la vie du monde
Et retrouver la couleur
J'aime ces deux longs montants
Ce couteau triangulaire
Ces messieurs vêtus de noir
C'est ma fête et je suis fier
Je l'aime, je l'aime
Ce panier rempli de son
Où je vais poser ma tête
Oh, je l'aime pour de bon
Il suffit que j'aime
Un petit brin d'herbe bleue
Une goutte de rosée
Un amour d' oiseau peureux
Ils cassent le monde.
Avec leurs marteaux pesants
Il en reste asez pour moi
Il en reste assez, mon coeur.

Boris Vian

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